Breakfast in America

Publié le par Anthony

Semaine bien remplie... En plus de l'enquête nous avons dû réaliser une interview d'une personne anglophone présentant un tant soi peu d'intérêt pour la rédaction de non pas un mais bien deux portraits! l'un en Français, et l'autre in English, of course...
La VF pour commencer...

Craig, l’ami du petit-déjeuner version US.

 

 

     Un jour, Craig Carlson s’est lassé des sempiternelles tartines beurrées et des pains au chocolat. Il est alors revenu à ses premières amours : pancakes et bagels. Le résultat porte un nom : Breakfast in America.

 

      « Oh mon dieu, enfin ! J’en avais tellement marre des croissants ! » Ce cri du cœur lancé par bon nombre de touristes américains lorsqu’ils entrent dans l’établissement géré par Craig Carlson est assez révélateur ; en plein Paris, ses compatriotes tombent sur ce restaurant bien de chez eux comme on tombe sur une oasis en plein désert : avec un soulagement incommensurable. Commodément situé près d’un kiosque spécialisé dans la presse étrangère, le restaurant de Craig Carlson ressemble furieusement à un refuge pour touristes en détresse… Et à le croire, c’est un peu le cas.

     Outre les vacanciers d’outre-Atlantique, le reste de la clientèle est principalement composé de « Français curieux », voulant tester les talents culinaires de ce quadragénaire originaire du Connecticut, qui a troqué, il y a cinq ans, la caméra contre une poêle à frire. Passer du cinéma à la restauration est le genre de grand écart qui n’effraie pas ce grand gaillard blond, casquette de baseball bien enfoncée sur la tête. Et comme Craig ne pouvait plus se passer d’un vrai petit-déjeuner à l’Américaine…

     Suivant la grande tradition des « roadside diners » est-américains, il a donc décidé d’ouvrir « Breakfast in America », un restaurant qui ne déroge à aucune des règles du genre : le carrelage noir et blanc au sol, les affiches de films hollywoodiens et autres mugs siglés « Friends » sur une étagère, un match de la NBA sur un écran de télévision et du rock américain dans les oreilles… Sans oublier la carte, qui propose pancakes, milk-shakes… Et le traditionnel « bottomless mug o’ joe », comprenez « café à volonté » ; une coutume américaine que Craig a voulu préserver : « Aux Etats-Unis, explique-t-il, beaucoup de gens arrivent dans ce type de restaurant avec leur journal le matin, et commandent une tasse de café que l’on remplit jusqu’à plus soif. »

 

« De la moutarde française avec vos freedom fries ? »

 

     Dans le restaurant de Craig Carlson, tout est américain. Tout ? Non. Sur chaque table, un pot de moutarde résiste encore et toujours à l’envahisseur. Siglé « French’s », le tube de concentré jaunâtre semble errer là en terra incognita.

     La remarque tire un sourire à Craig, lui rappelant quelques souvenirs : « pendant les élections et la guerre, tout le monde parlait de « freedom fries », on avait beaucoup de gens qui riaient de ça ici. » On imagine aisément la scène : « Vous voulez de la moutarde française pour accompagner vos freedom fries monsieur ? »

     La guerre, la politique, Craig n’en parle pas énormément, surtout avec ses compatriotes. Pourtant, il se sent concerné par ce qui se passe dans son pays d’origine. Pendant les élections, il a même organisé une soirée spéciale dans son restaurant, comme il en fait habituellement pour Halloween, le Superbowl ou Thanksgiving. « J’ai tendance à avoir plus de discussions politiques avec les Français qu’avec les Américains », constate-t-il. En fait, « jusqu’à la guerre en Irak et après cette guerre, les Américains avaient très peur de parler de politique, c’était très étrange. Je suis content que la situation ait finalement changé. »

     Sur son pays, Craig est critique, nostalgique d’un âge d’or qu’il dit révolu, celui des années 50 et 60, quand les Etats-Unis étaient « en avance sur leur temps en matière de droits civiques, de progressisme sur les problèmes sociaux. » A l’écouter, l’Amérique n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était : « elle avance à reculons, de plus en plus conservatrice, de plus en plus pauvre… Et la peine de mort… »

     Craig affirme ne pas avoir le mal du pays ; pourtant, il est des spécificités américaines dont il a du mal à se passer… et pas seulement les petits déjeuners copieux « made in America. » « Mes amis me manquent, la nature et les paysages me manquent, le désert me manque… », énumère-t-il. Il attendra son prochain séjour là-bas pour combler ces vides affectifs, et se contentera en attendant d’un bon repas comme il les aime : « un cassoulet, de la salade frisée et après une tarte tatin. » En Français dans le texte et dans l’assiette, s’il vous plaît.




    

 

    

 

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