Deux semaines après Samarra : l'Irak au bord du gouffre

Publié le par Anthony

La semaine dernière, nous avons eu la chance d'avoir deux jours de séminaire avec deux spécialistes du Moyen Orient, dont Christophe Ayad, journaliste de Libé, qui nous a demandé de rédiger un papier; nous avions trois thèmes au choix, le mien était : "Irak/ guerre civile/ gouvenrnement". Voilà ce que ça donne...
n.b: article censé être publié le 8 mars.

Deux semaines après Samarra : l’Irak au bord du gouffre

Le dynamitage de la mosquée d’or de Samarra, le 22 février dernier, a ravivé les tensions intercommunautaires en Irak. Aujourd’hui, le pays est sur le point de tomber dans le piège de la guerre civile.

Avec le mausolée de Samarra, ce ne sont pas seulement 1200 ans d’histoire et un lieu saint majeur des chiites qui sont partis en fumée, ce sont aussi les espoirs d’une paix lentement bâtie qui s’envolaient.

Deux semaines plus tard, c’est sur le plan politique que les conséquences sont les plus lourdes : la perspective d’un gouvernement d’union nationale, caressée jusque là par le gouvernement américain, la communauté sunnite et le président Jalal Talabani, semble désormais bien compromise : l’attaque a donné aux chiites, majoritaires à l’Assemblée nationale, le  prétexte rêvé pour refuser clairement un projet auquel ils étaient déjà plus ou moins hostiles.

En ce sens, les responsables du dynamitage de la mosquée de Samarra ont parfaitement réussi leur coup : à l’heure où un équilibre fragile commençait à s’instaurer entre les différentes communautés, et où une alliance gouvernementale se profilait tant bien que mal, l’explosion n’a pas seulement détruit un lieu saint, elle a aussi ébranlé les fondations de la paix en Irak. Pour Jalal Talabani, pas de doute : les coupables sont les extrémistes sunnites et les Zarqaoui (combattants d’Al Qaida en Irak), qui « cherchent à allumer la guerre civile ». Les Irakiens vont-ils se prendre au piège ? C’est probable. Pourtant, au lendemain du dynamitage, les appels au calme se multipliaient. George W. Bush demandait aux Irakiens de suivre les « voix de la raison » qui appellent au calme, et non ceux qui veulent « la discorde civile » ; la ligue arabe appelait « à la retenue et à faire face aux tentatives qui visent à détruire l’indépendance de l’Irak » ; enfin, l’union internationale des oulémas sunnites a mis en garde « les Irakiens, sunnites comme chiites, de tomber dans ce grand piège », que représente la guerre civile.

Pour autant, les représailles tant craintes ont bel et bien eu lieu, mettant en marche un engrenage dévastateur dans un pays encore fragile ; pas moins de 130 personnes assassinées dans les 24 heures suivant l’attaque, et des dizaines de mosquées brûlées. Deux semaines après le drame, les tensions sont loin d’être apaisées. Ainsi, hier, 18 attentats supplémentaires ont frappé le pays, tuant 16 personnes et en blessant 34. Sur le plan politique, les crispations se font aussi sentir, à quelques jours de la séance inaugurale du nouveau Parlement d’Irak. La radicalisation de la principale formation sunnite, le Front de la concorde, symbolise bien les tensions à décuplées depuis quelques semaines. Fustigeant « l’indifférence des forces de l’ordre » vis-à-vis des représailles contre les mosquées et la communauté sunnite suite à l’explosion de Samarra, le parti a cessé tout dialogue avec les formations politiques adverses, et en particulier l’Alliance unifiée irakienne (AIU), parti majoritaire composée de chiites conservateurs.

Alors que le feu qui ravageait l’Irak depuis le début de l’intervention américaine était sur le point de s’éteindre, et un équilibre précaire de s’établir, les responsables du 22 février ont soufflé sur les braises avec frénésie. Et ont rallumé le foyer de la guerre civile, menaçant de réduire en cendres un pays qui revenait à la paix. Le gouvernement américain, pris à son propre piège, entre la nécessité de maintenir l’ordre dans le pays, et la contestation croissante de l’opinion publique, aura bien du mal à tenir son rôle de pompier international, dans le nouvel incendie qui se déclare.

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