A Nantes, blocage dans le calme

Publié le par Anthony

« Fac en grève » : un grand écriteau barre le hall de la faculté de lettres de Nantes, transformé depuis quatre semaines en campement de base du mouvement anti-CPE. Un campement étrangement vide : A 17h30 lundi, les bloqueurs sont déjà rentrés chez eux, et la journée se termine dans la tranquillité. Le calme avant la tempête du lendemain ? On est bien loin des images d’altercations entre bloqueurs et anti-bloqueurs de certaines villes. Ici, on organise la contestation dans une ambiance bon enfant, sans tensions apparentes, ni confrontation directe. Un coin « café-info » permet de se tenir au courant et de débattre des actions en cours, et sur un mur, entre diverses bannières bariolées, trône un « tableau libre expression », où chacun est invité à écrire son humeur du jour. Là, les « contre la précarité mobilisons-nous » côtoient les « ras le cul du blocus ».

A Nantes, on se défend de prendre les étudiants en otage. La bibliothèque universitaire reste ouverte pour permettre à ceux qui le souhaitent de travailler, et les étudiants du CAPES ou de l’agrégation sont autorisés à aller en cours pour préparer leurs épreuves. Et puis, comme l’explique Jessica, en deuxième année d’histoire, « on est en fac, pas en prépa, on peut aller lire des bouquins, les profs sont sur le campus, corrigent des copies… »

En sciences sociales, on est plus nombreux et plus revendicatifs. Plus organisés aussi : dans le cube de béton gris du département de socio, c’est un véritable campus dans le campus qui s’est installé : salles de discussions, chambres et même une douche de fortune ont été mis en place par les étudiants, répartis dans différentes commissions, avec un seul mot d’ordre : « autogestion ». « Ici, il n’y a pas de leader », insistent les occupants. AG, discussions autour d’un café gratuit, préparation des actions à venir, débats : pas le temps de s’ennuyer ; au programme ce soir, deux conférences : « la précarité dans l’emploi », « manifestations et répression policière », et un décryptage de la couverture médiatique des actions anti-CPE.

La petite trentaine d’irréductibles ayant décidé d’occuper les lieux de jour comme de nuit partage la même détermination. Pierrot, un trentenaire venu « rallier la cause de la jeunesse », dort ici depuis trois semaines, comme en témoignent l’état de son T-shirt et de ses dreadlocks. Remonté, il refuse que ce soit les jeunes qui, encore une fois « paient la note » et tire à boulets rouges sur le gouvernement de Dominique de Villepin, dont il réclame la démission. Il s’insurge aussi contre le comportement des forces de l’ordre depuis le début des événements, est persuadé que les renseignements généraux ont infiltré les occupants et s’insurge contre l’intervention de la police il y a quelques jours pour empêcher le blocage d’un collège nantais : « A quand la maternelle sous les matraques ? », tempête-t-il en conclusion.

  Quant à Jessica, un tract orange scotché sur son imper noir, moins sûre d’elle, elle se contente d’ânonner les revendications d’une affiche étudiante : retrait des « contrats organisant la précarité », retrait de l’avant-projet de loi sur l’immigration, retrait de la loi Fillon… la grogne étudiante dépasse largement le simple cadre du CPE, goutte d’eau qui a fait déborder un vase déjà bien plein. Pour autant, ces bloqueurs ne se voient pas comme les hérauts d’un nouveau mai 68 : « Ca c’est des termes de journaliste », lance Mickaël, thésard en sociologie, qui refuse toute comparaison hâtive ; « le contexte est différent, on vit d’autres problèmes, renchérit Jessica, même si le responsable du bâtiment pense que demain c’est la révolution ».

Et si la révolution échoue, ces étudiants devront rattraper le retard accumulé sur le programme. Pris dans le feu de l’action, cela ne semble pas les préoccuper outre mesure… pour l’instant. Placardée sur la porte d’un amphi, une banderole lance un message optimiste : « On aura tous notre année ». Juste en dessous, en petits caractères, un étudiant moins confiant a cru bon d’ajouter : « Tu crois encore au Père Noël ».

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A
L'événement, c'est une réelle prise de position des étudiants en sciences économiques, en oici le CdP:<br /> <br /> "Ce mercredi 8 mars 2006 s’est tenue à la Faculté de Sciences Economiques de Nantes une Assemblée Générale autour du mouvement de grève contre le Contrat Première Embauche (CPE). Cette Assemblée Générale a pour la première fois soulevé ce problème en interne chez les étudiants économistes.<br /> <br /> Un débat et une consultation ont eu lieu et ont donné des résultats éloquents. Le principe du soutien au mouvement et de la mise en place d’un groupe de travail sur les actions à mener furent adoptés à 239 voix pour, 30 voix contre et 12 abstentions. Le blocus et l’occupation des locaux de la Faculté d’Economie jusqu’à la prochaine Assemblée Générale prévue le vendredi 10 mars 2006 furent votés à 199 voix pour, 98 voix contre et 21 abstentions.<br /> <br /> Le Bureau des Etudiants de la Faculté de Sciences Economiques (BdE Sc-Eco) ayant organisé la séance, qui fut présidée par le Vice-Président de l’ANEDEP (Association Nationale Etudiants en Droit, Economie et Politique), a insisté sur le fait que l’occupation des locaux ne devait à aucun moment donner lieu à un blocus sauvage et violent qui se solderait par une dégradation des lieux. Sur proposition du président de séance, l’occupation des locaux permettra la mise en place de commissions de réflexion et de discussion sur les conséquences de la mise en place du CPE. Grâce à cette initiative responsable et mature, la Faculté d’Economie sera un lieu d’échange et de démocratie.<br /> <br /> De plus, l’unanimité des étudiants présents a voté le maintien de la Semaine de l’Economie et de la Gestion (SEG), prévue du lundi 13 au vendredi 17 mars et dont le thème sera « Quel monde pour demain ? ». Conséquemment à ce maintien, le professeur Bruno HENRIET, Doyen de la Faculté, a proposé d’organiser une conférence autour de la mise en place et des conséquences économiques et sociales du CPE, initiative saluée par tous les étudiants présents. <br /> <br /> L’originalité de ce mouvement est qu’il est né spontanément des étudiants en Sciences Economiques, sous l’impulsion des responsables associatifs, sans aucune consultation préalable avec des organisations syndicales. La sérénité des débats a mis à jour un réel besoin d’éclaircissement sur le projet de loi et son mouvement. <br /> <br /> En effet, depuis plusieurs années, il est clair que les étudiants en Sciences Economiques sont réputés pour leur apathie face aux différents mouvements de contestation sociale. Même lors des discussions autour de la réforme LMD, qui par définition touchait les universitaires, la vive contestation et toutes les agitations n’ont jamais trouvé appui de la part de la Faculté de Sciences Economiques. Le caractère historique de cette décision de grève démontre combien les étudiants en Sciences Economiques sont capables de prendre en main leur avenir et d’engager leur responsabilité dans un conflit social de grande ampleur."
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