A Nantes, les anti-CPE ont prolongé le carnaval
« Citrons Pressés Essorés », « Cadeau Pour les Exploiteurs », « Camisole des Prolétaires Exploités »… Hier, les 40 à 60 000 manifestants nantais se sont adonnés à un concours d’acronymes, dans une ambiance festive : les confettis du carnaval de dimanche dernier jonchaient encore les rues et la marionnette du « roi » De Villepin, juchée sur son char, défilait au son de Manu Chao à pleins décibels. Les effectifs de police minimalistes en témoignent : Nantes, à l’inverse de sa turbulente voisine rennaise, est habituée aux manifestations bon enfant. Ici, on craint moins les casseurs que le crachin, qui sévit par averses sans entamer la bonne humeur des locaux, lycéens en tête, mobilisés en force. Benjamin, 15 ans, « presque 16 », a obtenu un mot de ses parents pour sécher les cours et aller à la manif. Trop jeune ? « il faut bien préparer l’avenir », conteste-t-il, tout en critiquant les collégiens qui participent aux événements… avant de réaliser qu’il n’a qu’un an d’écart avec eux.
Elèves de 3eme, Alexandre, Pierre et David ont scotché sur leurs vêtements et leurs visages tous les autocollants anti-CPE qu’ils ont pu trouver, mélangeant allégrement stickers de la CGT et tracts étudiants. La motivation est là, mais leurs idées restent confuses. Marie-Anne, elle, est plus sûre d’elle. Plus expéditive aussi : « Qu’il démissionne et qu’on en parle plus », s’exclame-t-elle en parlant du Premier ministre. Militante depuis l’âge de 16 ans, cette septuagénaire gouailleuse distribue des tracts place du Commerce et se réjouit de la mobilisation des jeunes, « plus politisés qu’on ne croyait ».
En tête de cortège, on veut afficher l’unité ; celle des syndicats professionnels et étudiants, réunis derrière une grande banderole. Mathias Tessier, président de l’UNEF Nantes, bannière à la main, dit avoir rarement vu une manifestation d’une telle ampleur dans la Cité des Ducs et se réjouit de l’alliance des syndicats contre une loi qui « institutionnalise la précarité ». Mais bientôt, devant les photographes, un militant CGT vient briser ses rêves d’union sacrée : « poussez-vous, vous cachez ma banderole ! ».