Q&R François Brassamin

Publié le par Anthony

 Cette semaine, on a eu la visite de François Brassamin, un journaliste de L'Equipe spécialiste du basket. Après une conf' de presse improvisée de plus de deux heures, voilà ce que j'en ai tiré...

 

François Brassamin : « Il n’y a pas de place pour deux deuxièmes sports collectifs »

 

Concurrencé à la fois par la toute-puissance médiatique de la NBA et par les autres sports majeurs, le basket-ball français ne mobilise pas les masses… malgré des résultats plus qu’honorables. Manque de visibilité, difficultés à attirer des sponsors, maladresse des dirigeants… François Brassamin, journaliste à l’Equipe, fait le point sur les maux qui affectent le monde du ballon orange.

 

-Aujourd’hui, on a l’impression que le basket-ball joue les seconds rôles en France, sur le plan médiatique en particulier. A quoi est-ce dû ?

Le football a tendance à effacer un peu tout aujourd’hui, et pour les autres sports, notamment les sports collectifs, ce n’est pas forcément facile de vivre dans ce contexte. L’ombre portée du football est quelque chose d’incontournable, contre lequel on ne peut pas lutter.

 

-Pourtant, le championnat français et l’équipe de France ont toujours obtenu de bons résultats…

Le premier champion d’Europe français dans un sport collectif, ce n’est pas l’OM, c’est Limoges, en 93. C’était une performance majeure à l’époque, ça l’est toujours. Richard Dacoury, avec Limoges, a gagné toutes les coupes d’Europe ! Et les Français ont remporté une médaille d’argent aux jeux olympiques de Sydney, en faisant un mach de grande qualité contre les Américains, une performance énorme.

 

-Aujourd’hui, gagner une coupe d’Europe semble inconcevable. Pourquoi ?

Je crois surtout que c’est dû au renforcement assez incroyable de la compétitivité du basket en Europe. Beaucoup de pays sont extrêmement performants : la Lituanie, qui a deux équipes en Euroligue, et des pays avec un championnat d’un niveau extrêmement élevé : Espagne, Russie…

 

-Et des clubs qui ont des moyens que les Français n’ont pas…

Une des principales raisons des difficultés des clubs français, c’est qu’ils ne peuvent pas rivaliser avec les budgets des gros clubs européens, qui sont en plus dans des capitales. En France, on a des difficultés à trouver des budgets, à attirer des gros sponsors, et il n’y a jamais eu de gros club à Paris. Pau est une ville charmante, mais qui ne pourra sans doute jamais avoir les moyens du CSK Moscou, pourtant c’est le meilleur club français depuis dix ans.

 

« Un des gros problèmes du basket en France, c’est le rugby »

 

-Un manque de sponsors qui vient du manque d’exposition médiatique que vous évoquiez ?

L’histoire entre le basket et la télévision est une histoire d’occasions ratées : le basket a eu accès à une époque à des lucarnes un peu plus importantes, mais n’est actuellement quasiment pas visible sur les chaînes hertziennes. En juin dernier, la finale du championnat de France a été changée spécialement pour la télévision puisqu’on l’a faite en un seul match alors qu’avant c’était au meilleur des trois matchs. Pour ce qui est des autres chaînes ou vous pouvez voir du basket, il y a TPS star… Ce n’est pas la chaîne qui a les possibilités d’audience les plus importantes.

 

-Et dans la presse écrite ?

Depuis quelque temps, à l’Equipe, on a aggloméré dans un ensemble « sports-co » le basket, le hand et le volley. C’est assez logique car ce sont des sports qui fonctionnent à peu près pareil. Mais le service « BHV » (Basket-Hand-Volley) n’est absolument, pas prioritaire. Ce sont des sports qui ne sont pas des enjeux majeurs pour le journal, ce n’est pas un domaine publicitaire important.

 

-Au final, la faute à qui ?

Au total désintérêt des chaînes hertziennes, notamment des chefs des services des sports, qui ne comprennent pas du tout l’impact que ça peut avoir. C’est vrai que ce sont parfois des compétitions difficiles à retransmettre : on voit difficilement France 2 ou France 3 mettre un match de basket à 20h si vous voulez maintenir votre audimat, mais il y avait des choses à faire, qu’ils n’ont pas faites…

 

-D’autres sports n’ont pas ce genre de problème… On pense au football, ou même au rugby. Il y a concurrence entre ces sports ?

Un des grands problèmes du basket en France c’est le rugby : il n’y  a pas de place pour deux deuxièmes sports collectifs. Le rugby est un super beau sport, mais qui est en train de tuer le basket.

 

-Les dirigeants du basket-ball français portent-ils une part de responsabilité dans cette « non visibilité » ?

Le basket a très clairement loupé le coche au début des années 90. On aurait pu avoir un enchaînement vertueux : Limoges champion d’Europe en 93, des jeunes Français de plus en plus compétitifs… Il y a eu des joueurs français en NBA a partir de 1997, avec Olivier Saint-Jean (Tariq Abdul-Wahad), ce qui était énorme. Je crois que les dirigeants du basket français ont été frileux. L’une des expressions de cette frilosité a été la médaille de Sydney, une performance majeure du sport français… qui n’a pas été tellement exploitée.

 

 

« Pour beaucoup, c’est : « la NBA, oui, les féminines et le basket français, non. » »

 

-Est-ce que l’une des raisons de ce manque d’intérêt du public français pour le basket ne vient pas de l’omniprésence de la NBA, qui phagocyte le championnat national ?

Le problème du basket en France, c’est la multiplicité de ses formes : vous avez le basket NBA, le basket européen, les compétitions de clubs, les compétitions nationales… Et puis, dans aucun domaine vous n’avez un championnat qui regroupe tous les meilleurs joueurs du monde. On a été amenés à croire, notamment quand a découvert la NBA dans les années 90, qu’il y avait d’un côté un championnat NBA fantastique, et de l’autre côté un championnat de France nul, ce qui est complètement caricatural… Tony Parker, de 1999 a 2001, a joué au Paris Basket Racing ! La réalité qui a été vendue, d’une NBA totalement dominatrice, était un peu réductrice, mais ça a sans doute été difficile pour le basket français de vivre à côté de ça.

 

-Tout de même, depuis les années 90, l’intérêt des Français, et surtout des jeunes, est surtout pour le basket-ball américain…

Le niveau du basket français a incroyablement monté… Mais la machine commerciale et sportive de la NBA est extrêmement forte. Leur site est peut-être le site le plus visité au monde. Aujourd’hui, pour beaucoup de jeunes, c’est : « la NBA, oui, les féminines et le basket français, non. » Les années 90, ça a été la folie. Se sont crées plusieurs magazines qui ont survendu le basket NBA, à 100 000 exemplaires par mois… Aujourd’hui, Mondial Basket doit être à 10 000 ; on est sorti du phénomène de mode, on vient aussi parce qu’on aime le basket.

 

-Mais le basket franco-français, ça intéresse qui ?

Le basket est un sport important en France pour les gens qui ont moins de 30 ans. Ce que j’appelle la « culture basket » est très présente dans certaines villes en France. Il y a une culture dans ces sports, un univers, une histoire. Beaucoup de journalistes de basket sont originaires du Mans par exemple. Ils ont vu des matchs à la Rotonde avec les frères Beugnot étant jeunes.

 

-On peut imaginer que le « phénomène » Tony Parker aide un peu…

Il est très clair qu’il y a un impact Tony Parker sur le basket français, qui a souffert pendant longtemps de ne pas avoir de porte-drapeau. La principale vitrine pendant longtemps, c’était un peu Richard Dacoury, le grand capitaine de l’équipe de Limoges. Antoine Rigaudeau, lui, a fait les meilleures années de sa carrière à l’étranger, à Bologne. En plus, les années Dacoury et Rigaudeau ont été des années ou l’équipe de France n’a pas fait un résultat marquant. Tony Parker et sa génération sont en train de sauver le basket en France.

 

 


 

 

 

 

 

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