Journalisme et nouvelles technologies: Apocalypse Now?
Journalisme et nouvelles technologies : Apocalypse Now ?
Charles de Laubier, rédacteur en chef au sein du groupe Les Echos, animait mercredi au CFJ (centre de formation des journalistes), un séminaire intitulé « NTIC et transformations du journalisme ». L’occasion de faire le point sur l’importance des évolutions technologiques et leurs conséquences pour les futurs professionnels.
Autour d’une longue table jonchée de journaux et de grilles de sudoku à moitié remplies, 36 futurs journalistes ont pu réfléchir mercredi à l’impact que les nouvelles technologies de l’information et de la communication ont déjà sur leur futur métier. Et prendre la mesure des tendances lourdes à l’œuvre.
Plus optimiste que les auteurs d’EPIC 2015, Charles de Laubier, auteur d’un « Que sais-je » intitulé « La presse sur internet », tempère leur sombre perception du futur. Et reprend les mots d’un autre spécialiste des médias, Philip Meyer : « Vous apprenez le journalisme que moi j’ai connu à mon époque, ça c’est la mauvaise nouvelle. Mais la bonne nouvelle, c’est que vous devez inventer le journalisme de demain. » Une formule lapidaire, qui résume assez bien le message global de la journée, tant le métier est en mutation.
En effet, au traditionnel triptyque journaux/radio/télévision, explique M. de Laubier, il faut désormais ajouter de nouvelles composantes, à commencer par internet. Même sans aller jusqu’à suivre les suppositions de Bill Gates, qui annonce déjà que « 40 à 50% des gens liront la presse en ligne » en 2010, l’engouement pour les e-journaux, très réactifs et consultables à peu de frais (souvent gratuitement), reste impressionnant. Ainsi, lemonde.fr, qui vient de fêter ses dix ans, a compté plus de vingt millions de visites en novembre.
Autre adversaire sérieux pour les médias traditionnels : les téléphones portables, et leurs réseaux souvent directement alimentés par les agences de presse… Où par des sources propres. Ainsi, c’est sur le site d’Orange que Zinedine Zidane avait annoncé en exclusivité la nouvelle de son retour en équipe de France en août dernier, preuve que les médias traditionnels sont en concurrence accrue avec des adversaires jusque-là insoupçonnés.
A l’aune de cette analyse, le journaliste a-t-il encore un rôle à jouer ? Où est-il voué à être phagocyté par un « mediascape » qui n’a plus besoin de lui ? On peut se poser la question lorsque l’on voit, par exemple, que certains sites, comme Google News ou Search Yahoo, proposent une information provenant de sources multiples, triée informatiquement, sans intervention humaine, se vantant par là même d’éviter tout parti pris idéologique.
Des évolutions essentielles, que les nouvelles générations de journalistes doivent absolument prendre en compte. « Philip Meyer prédit la fin de la presse écrite en 2043, si elle ne se renouvelle pas », rappelle Charles de Laubier. Se renouveler, ne plus se satisfaire de l’information brute que l’on peut trouver ailleurs et à moindre coût, apporter de la « valeur ajoutée », sous forme d’enquêtes plus poussées, d’analyses. « Mes lecteurs en savent plus que moi », annonçait récemment Dan Gillmor, ex-chroniqueur du San Jose Mercury News : dans un monde où une information souvent gratuite abonde, le lecteur cherche quelque chose de plus que l’actualité brute. Tel est le cap à passer, pour que ce que Jean Gustave Padioleau, organisateur du séminaire, appelle « destruction créatrice des médias », soit une réussite.